vendredi 18 janvier 2013

Un mystérieux tronc d’arbre fait le tour d’Haïti



Depuis le 1er janvier dernier, un curieux tronc d’arbre porté à dos d’homme traverse le pays, du Sud-ouest au Nord-est, mobilisant sur son passage des milliers d’haïtiens.
« Men bwa ! » (Voici l’arbre !). Depuis deux semaines, ce cri se répand comme une trainée de poudre dans les villes et villages haïtiens au passage d’un tronc d’arbre bien énigmatique. Porté au pas de course par une dizaine de volontaires, « Kita Nago », un objet en acajou de 3 mètres de haut, fait le tour d’Haïti.
Sur le Champs de Mars, en plein cœur de la capitale haïtienne, une foule bruyante se masse autour du curieux objet. « Je trouve dans ce tronc d’arbre un exemple d’union nationale », s’écrie, excité, Jean-Baptiste. « Il représente tout ce que nous croyons être irréalisable », explique le jeune homme venu se faire photographier avec le tronc d’arbre de 500 kg.
Selon l’un des organisateurs de ce mouvement inconnu il y a quelques semaines, « Kita Nago rassemble la société pour atteindre un objectif commun ; constituer une chaine de solidarité pour éveiller la conscience de la nation », confie l’acteur et publiciste Smoye Noisy.
Des émissions radiophoniques aux réseaux sociaux en passant par les tap-tap, le moyen de transport propre aux haïtiens, tout le monde parle de Kita Nago. Coup médiatique ou mouvement d’unité nationale, l’opération ne laisse personne indifférent.
Une « révolution tranquille »
Selon le poète haïtien Emmanuel Eugène dit Manno Ejèn, le Kita et le Nago sont deux danses distinctes dans la culture haïtienne. « De ces deux mots découle une expression affirmant qu’une personne – ou, par extension, le pays – est figée ». Pour l’artiste résidant au Canada, «Kita Nago est un mouvement pacifique, une révolution tranquille derrière un symbole – l’arbre – qui stimule le peuple haïtien à bouger, à aller de l’avant dans un esprit positif ».
Pour sa part, le professeur en sociologie de la communication à l’Université d’Etat d’Haïti, Louis Gabriel Blot, croit que « ce mouvement représente un peuple fatigué des problèmes de tous les jours, qui se redonne confiance et croit qu’avec le courage, la détermination et surtout la solidarité, il peut changer son destin ».
En tout cas, à chaque ville ou village traversé par le tronc d’arbre aux formes tarabiscotées, la foule grossit un peu plus. Le 14 janvier, lors de son arrivée à Port-au-Prince, des dizaines de milliers de personnes se sont massées pour l’occasion, bloquant la route nationale accédant à la capitale. L’arbre a même sa propre page sur la plateforme sociale Facebook.
Manno Ejèn considère ce mouvement comme « le premier rassemblant tous les Haïtiens de différente couches sociales, religions et tendances politiques ». Le poète pense que celui-ci « doit continuer dans le pays pour que ce même esprit les animent tous et leur permette de construire une nouvelle Haïti ».
Un musée à l’arrivée et des milliers d’arbres à planter
Parti aux Irois, dans le Sud-ouest du pays, le 1er janvier dernier, l’arbre a déjà parcouru plus de 400 kilomètres en deux semaines.
Après avoir longé la côte ouest et nord d’Haïti, et traversé 47 communes et 7 départements, Kita Nago devrait finir sa course à la frontière avec la République dominicaine, à Ouanaminthe.
Selon les organisateurs, un musée sera construit dans cette ville pour conserver le tronc d’arbre. En outre, chaque haïtien est invité à planter un arbre le jour, encore incertain, de son arrivée.
Jonas Laurince/Sophie Boudre

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